S'excuser d'être une femme.



En toute honnêteté, je ne sais pas trop où va m'emmener cet article. D'habitude je m'efforce de faire quelque chose d'assez construit pour que ce soit de un plus facile à écrire et de deux plus facile à lire. Mais aujourd'hui, j'ai juste envie de parler. Qu'on se prenne un thé, un plaid sur les genoux et discuter.

Je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler une "féministe". Je ne me bats pas forcément pour ça et pour être honnête, je m'en fiche un peu. Je vis bien alors je ne me pose pas de questions. Pourtant quelque chose me gêne ces temps-ci. On sait toutes à quel point il est difficile pour une fille/femme de trouver sa place. Que ce soit tant auprès de la société que dans sa carrière ou encore dans une relation sociale.

Je ne me suis jamais faite agressée, jamais on ne m'a mal parlé. En bref, je suis tout à fait banal ou du moins j'ai une vie banale.





Mais quelque chose cloche. Ça se sent. Les relations entre hommes-femmes changent. Le monde change vite. Et pour une fois dans ma vie je ne me questionne pas sur ma personnalité ou mon caractère mais sur ma condition. J'ai toujours naïvement cru que - parlons bien, parlons crument - nos organes génitaux faisaient une différence. Je suis une fille qui se retourne pour "mater" un beau garçon qui passe par là. Je n'ai pas honte de dire que de beaux muscles c'est sympa à regarder - bien que cela ne veuille pas dire que cela en fasse un critère de choix. Et plus j'avance plus je me dis "est-ce que c'est normal de se regarder comme ça ?" Pourquoi quand un étranger est en face de nous on ne peut s'empêcher de le regarder droit dans les yeux, comme une sorte de défiance. Se "reluquer" fait-il parti de la norme ?

Ne mange pas trop de chocolat, tu vas grossir - Ne met pas de jupes trop courtes, ça excite les garçons - Ne sourit pas trop - Ne met pas trop de rouge à lèvre, on dirait que tu vas faire le plus vieux métier du monde - Ne regarde pas les hommes dans les yeux - Ne prend pas la parole à table, tu pourrais avoir l'air idiote - Soit gracieuse, mais pas trop - Soit belle, mais pas trop - Ne danse pas de façon provocante, tu aurais l'air ridicule - Ne sors pas seule après minuit, tu vas t'attirer des ennuis - En faite ne sors pas seule du tout.

Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, je ne suis pas une combattante de la cause de la femme. Je ne vois pas l'intérêt de se battre dans mon pays juste pour faire parler. Je ne veux pas me balader à moitié à poil dans une Église et hurler comme si j'étais possédée. Non, non. Je vous parle d'un tout autre sujet que toute femme connait mais ne s'avoue pas. Être une femme, qu'on se le dise, c'est pas cool ou marrant ou fun. Nope, une femme ne se maquille pas les ongles tous les jours, Closer dans une main à regarder Gossip Girl. Nope, une femme ça la fait chier de se raser les jambes, les aisselles et tout autre endroit. Nope, faire à manger c'est chiant, quand bien même c'est rigolo de mélanger les ingrédients et de déguster des saveurs. Nope, ça ne fait pas marrer une femme quand vous lui dites "bah, t'as tes règles ou quoi ?". Et je ne parle pas de l'expérience de l'accouchement, n'ayant jamais expérimenté, bien que je subodore que ça n'a pas l'air d'être une partie de plaisir.

Attention à ton décolleté - Choisi entre carrière et famille - Ne laisse jamais un homme décider pour toi - Ne laisse pas tes émotions emporter ta raison - Prend la pilule - Ne parle pas aux garçons sans raisons, on te prendrais pour une fille aguicheuse - Fumer pour une fille c'est vulgaire - Être en robe, c'est féminin - Être blonde, c'est être débile - Être brune, c'est être intelligente - Être rousse, c'est avoir fait une coloration pour paraitre originale - Ne sois pas vulgaire.

Être une femme, c'est bien souvent être assis au milieu d'autres femmes à table. Parce qu'une femme parle de bébés, de couches et pour les plus débridées d'entre elles -oulala - de leurs nuits de folies. Et puis elles doivent se lever chercher les plats dans la cuisine (ne me dites pas que cela ne vous ai jamais arrivée...)
Les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Et si c'était ça l'ordre naturel des choses ?

Je reprends l'écriture de ce billet quelques mois après. Il était resté en brouillon au fin fond de Blogger. Bizarrement en le relisant - et je m'étais promis de ne pas le faire - je ne vois pas de raison de le publier, ni de raison de le garder pour moi. Je ne sais pas trop quoi en penser si ce n'est que je pense toujours la même chose que ce qui est écrit juste au-dessus.
Je ne comprends toujours pas pourquoi être une femme ce n'est pas marrant. Oui c'est un peu pessimiste voir même déprimant. Mais c'est ce que je ressens au plus profond de moi. Peut-être est-ce dû à ce conditionnement que l'on a eu très tôt. Peut-être fais-je partie de lap dernière génération de femme à devoir ressentir ça. Et je ne rejette pas la faute sur les hommes loin de là. Je n'ai rencontré que des hommes extra-ordinaires dans ma vie et je n'ai donc pas de venin à cracher sur eux et j'espère en avoir jamais.
Au final, serait-ce la femme qui se décrédibilise elle-même ? En alimentant les préjugés et en rigolant aux blagues sexistes des hommes et ce depuis des années ? Je ne sais pas trop. Peut-être. Peut-être pas. De toute façon cet article n'a pas vocation à trouver des réponses, c'est juste un étalement de questions que je pose ne pouvant plus les retenir dans ma tête.

Alors voilà, être un homme - être une femme, est-ce une condition ou une fatalité ?


7 commentaires:

  1. Etre une femme, être un homme ...ni condition, ni fatalité, juste des chromosomes différents.
    Ce qui est certain, c'est que les femmes sont encore sous-estimées, victimes de sexisme encore en France, encore à notre époque. Et nous sommes toutes victimes de ça, donc potentiellement amenées à s'intéresser à la question et à se battre contre ça.
    Pourquoi parce que je suis une femme, je devrai me lever chercher les plats ? Je ne suis pas née en sachant mieux le faire qu'un homme.
    Pourquoi parce que je suis une femme je devrais être moins payée au boulot ? Pourquoi je devrais subir des regards irrespectueux dans la rue ? Pourquoi devrais-je en faire plus professionnellement pour prouver mes compétences ?
    Je refuse tout ça tout simplement parce que cela n'est pas normal.

    RépondreSupprimer
  2. C'est drôle parce que j'ai eu cette conversation il y a quelques jours avec mes copines. Moi chez moi, je me bats pour le 50/50, j'obtiens du temps libre, je me bouge les fesses pour que chacun ait sa tâche. Et mes copines avaient l'air de me dire "oui mais Mowgouaille, les filles c'est comme ça, elles en feront toujours plus que les hommes". Et là, alors que moi, j'ai toujours vu mon père faire la cuisine, la vaisselle et s'occupper des momes... Ou alors quand on va voir un film sur une ado qui couche avec un adulte et que ma copine me dit "attends t'as vu comment elle l'allume aussi!"... je me suis dis... "Oh putain le boulot qu'il nous reste les nanas"...

    RépondreSupprimer
  3. Le féminisme a vraiment ces derniers temps une sale image, ce qui est dommage car finalement c'est juste être pour une liberté aussi grande pour les femmes que pour les hommes, rien de plus (et ce que tu sembles être et penser).

    Hormis ce préjugé vraiment rageant qui entache le mot "féminisme" dont beaucoup de femmes ne veulent pas se réclamer de peur de salir leur image ou parce qu'elles sont elles tout simplement sans chercher à rentrer dans ce qu'elles considèrent comme un mouvement, je trouve très justes tes passages en italiques avec toutes les injonctions qui jalonnent nos vies.

    Je pense que chacune à notre niveau devons nous battre (ce terme peut recouvrir simplement le fait de ne pas se laisser faire, de ne pas lâcher sans parler de combat avec arme verbale ou physique^^) pour ce en quoi nous croyons profondément : que chaque femme n'a pas à subir des résidus de société où la femme est opprimée :-)

    RépondreSupprimer
  4. Tu assimiles féminisme et Femen. Certes, les Femen appartiennent au mouvement féministe, mais le féminisme n'est pas une marque déposée par les Femen. Il y a toutes sortes de courants ! La chose commune à toutes les féministes c'est d'avoir pris conscience des inégalités, de la condition féminine, et de vouloir changer ça pour plus d'égalité. Passée cette ligne de départ il n'y a plus d'homogénéité. Comme dans tous les courants politiques, religieux et sociaux, il y a des extrêmes, des radicales, des modérées... Il y a un très bon livre d'Histoire sur l'Histoire des femmes, de Yannick Ripa aux éditions Armand Colin, "Les Femmes actrices de l'Histoire, de 1789 à nos jours". Tu vas voir qu'être féministe se n'est pas se mettre à poil ! Olympe de Gouges, Hubertine Auclert, plus récemment Yvette Roudy... tu vas voir, féministe ça ne veut pas dire appartenir aux Femens ni adhérer aux Chiennes de garde ;) Je pensais comme ça avant, parce que les Femen se sont emparées de la chose, mais c'est faut : il y a autant de courant féministes que de féministes, quasiment !

    Je ne pense pas que les femmes s'enfoncent elle-mêmes, pas dans la généralité en tout cas, mais il y a des cas très récents comme la vidéo absolument indécente de Kayehhey sur la première fois, d'un sexisme fou ! Ou ces articles sur Adèle dans la presse féminine dont j'ai parlé sur mon blog. Maintenant, rire à une blague sexiste... si c'est vraiment une blague, ça ne fait pas de mal ! Je vais prendre mon exemple préféré : Jérémy Ferrari. Tu le connais peut-être, il fait de l'humour noir et des fois tu ris et en même temps tu te dis "oh non, non, il peut pas dire ça" ou tu ris d'un gros "oh oh oh" parce que tu sais qu'il va loin. Un jour, dans l'émission On N'Demande qu'A en Rire il y a quelques années, il jouait un gars à un standard téléphonique. Il a dit : "vous savez quel est le meilleur moyen de faire rougir une femme ? Une droite... et une gauche !" et je trouve ça très drôle et encore maintenant quand j'y pense je souris parce que vraiment, c'était drôle ! Il avait dit des horreurs avant, il en a dites après, je suis allée voir son spectacle Halleluja Bordel et tu sais quoi ? Je comptes bien aller voir Vends deux pièces à Beyrouth ou au moins acheter le DVD. Maintenant, si un homme ou même une femme, dit la même phrase très sérieusement, ou, comme quelque chose qu'on m'a rapporté "tu peux la frapper [pendant l'acte sexuel], ça la calme" là je vais m'énerver et trouver ça dégueulasse. Mais une blague, si c'est vraiment une blague et que ça ne cache pas la véritable façon de penser du locuteur, ça ne pose pas de problème !

    RépondreSupprimer
  5. Je trouve les inégalités entre les hommes et les femmes juste révoltantes, inacceptables, et sans fondement, finalement.
    Et c'est vrai que parfois nous les femmes, on n'en s'en rend même pas vraiment compte, ou alors on ne fait rien pour faire changer tout ça (à part les Femen qui agissent vraiment, certes, mais peut-être au profit de notre cause).
    Est-ce qu'une femme est conçue si différemment d'un homme qu'elle fait mieux la cuisine et le ménage, qu'elle travaille moins bien alors il faut la payer moins... ? Jusqu'à présent, ça n'a pas été prouvé ! Mais pourtant dans 80% des familles on va dire, c'est la femme qui s'occupe de la plupart de ces tâches.
    Le pire du pire des choses innaceptables à mon sens, c'est quand on entend des choses sur des femmes qui ont été violées : "elle l'a cherché", "c'est normal, sa jupe était trop courte", "elle avait qu'à s'habiller mieux", "si ça avait été moins moulant"... A croire que c'est la faute de la femme, à croire que justement, elle devrait "s'excuser d'être une femme" !
    Après, pour ce qui est de mater un beau mec ou de beaux muscles, je ne pense pas que ce soit quelque chose qu'il faut changer, parce que oui, pour moi, c'est un peu la norme, ou en tous cas, ce n'est pas dérangeant. Au contraire, je trouve que si on s'empêche de regarder quelqu'un qu'on trouve beau, c'est admettre que regarder, et simplement regarder, pourrait être déplacé. Ce qui fait que les relations ont changé à mon sens, ce n'est pas le fait que les filles matent les garçons et inversement (sans aucune arrière-pensée, je veux dire), c'est soit qu'on pense que ça pourrait être déplacé alors que ça ne l'est pas, ou alors que ça soit vraiment déplacé (avec des idées derrière la tête, on va dire). Je ne sais pas trop si ce que je dis à du sens, mais en tous cas, c'est comme ça que je le vois.
    Alors, être une femme, à mon avis ce n'est ni une condition, ni une fatalité, ni un avantage, c'est juste... comme ça. Comme il y a des fleurs rouges et d'autres jaunes, il y a des hommes et il y a des femmes, et il ne devrait théoriquement y avoir aucune différence de condition, aucune inégalité...
    Bref, merci pour ton article, tu m'as vraiment fait réfléchir (et j'espère que mes idées sont assez claires pour que tu les ais comprises, parce que j'ai l'impression de m'embrouiller moi-même ! ^^)

    RépondreSupprimer
  6. Je suis confuse, je n'arrive pas à cerner le propos de cet article. Certes, tu évoques ta non certitude dans tout ça mais où veux-tu en venir tout de même ? Tu sais, je pense qu'à partir du moment où tu te questionnes, où tu déconstruits le principe du patriarcat de quelque façon que ce soit, ce que tu fais ici en te questionnant, tu es malgré tout féministe. Il n'y a pas qu'un seul féminisme, il y en a plusieurs, à différents degrés.

    Quand je lis ceci : "Je ne vois pas l'intérêt de se battre dans mon pays juste pour faire parler." je suis plutôt attristée. On a beaucoup de chance de vivre en France (ou en Angleterre puisque tu y as vécu), certes, mais n'oublie jamais qu'ici aussi la femme est opprimée et sans le combat d'autres femmes, tes droits d'aujourd'hui seraient remis en question. Pense bien que les simples faits que tu votes, que tu aies accès à la contraception ou aies la possibilité d'avorter sont des actes en partie féministes.

    RépondreSupprimer
  7. Et encore ! La contraception tu n'as jamais remarqué ? Pas de pub pour la pilule, c'est encore interdit ! Et celle pour le préservatif le serait restée si le SIDA n'était pas venu nous dire bonjour ! Tout ça s'inscrit dans un contexte d'après-guerre ou il faut faire des bébés (la loi qui interdit la pub sur la contraception et l'information à l'avortement date de 1920) mais aussi dans un contexte où le rôle de la femme, sa nature, même si ça commence à être déconstruit avec "un bébé si je veux" puis "un bébé quand je veux", est de faire des bébés. Même aujourd'hui quand une femme dit qu'elle ne veut pas d'enfant _ et on m'a répondu cette phrase à moi aussi _ se voit rétorquer qu'elle est "encore jeune" et qu'elle "VAS changer d'avis" (et non pas qu'elle "peut" : il y a glissement entre la possibilité de vie dans les embranchements du futur et le fait qu'elle "va" FORCEMENT changer d'avis parce qu'une femme DOIT vouloir des enfants).

    RépondreSupprimer