Tu es sûre ?



C’est officiel, je décide de reprendre mes études à la rentrée prochaine. Trouver enfin sa voix (du moins je l’espère) n’est pas ce qu’il y a de plus facile et je pense que nous sommes d’accord avec ça. 



Mais c’est là que l’être humain devient exceptionnel. Alors qu’on te massacre la tête dès ta plus tendre enfance pour savoir ce que tu veux faire plus tard, c’est lorsque tu prend enfin une décision que les gens se retournent vers toi et te sorte cette magnifique phrase pré-destiner à créer un conflit : C’est bien, mais tu es sûre ? 

Tu me demandes, à moi âgée à peine de la vingtaine et sans très grande expérience de la vie si je suis sûre ? 
Dans un monde où l’économie est instable, où des gens se font fait virer tous les jours, où des gens meurs au bureau, littéralement, où des gens sont de plus en plus stressés, épuisés, traînés dans la boue par la société, dans un monde où le diplôme n’est plus qu’une sorte de formalité, où sacrifier 10 années de ta vie derrière une chaise et un bureau ne mène plus à rien. Dans un monde où les gens meurs de tout et de n’importe quoi à n’importe quel moment de la vie, où des gens meurs encore de faim, où d’autre subissent la guerre, où à l’autre bout du monde à 20 ans on te demande de combattre pour la nation. Dans un monde où l’être humain préfère son confort à son espèce, où l’être humain s’en va de plus en plus vers sa mort et son auto-destruction. Dans un monde où le maître mot est "marche ou crève", dans un monde où l’espoir se fait rare et précieux, où l’amour est ridiculisé par la haine, où la mort est régente. 

Tu me demandes donc, après tout ça, si je suis sûre de ce que je veux faire ? Puis-je rire ? Est-ce que les gens, en posant cette question, se rends compte de leur absurdité ? Je vous en supplie, est-ce que quelqu’un en se bas monde pourrais pour une fois faire preuve de bon sens ? 

Pour faire bref, non. Non dans l’absolue je ne suis sûre de rien, car j’ai une nouvelle pour toi : je ne suis pas devin. S'il me suffisait le matin au réveil me pencher près d’un bol d’eau pour savoir mon avenir, crois-moi je t’aurai tenu au courant. Mais ce n’est pas le cas. Peut-être ne suis-je pas faite pour le droit. Ou peut-être que je montrerais les échelons plus vite que tu ne le penses. Je ne sais pas si je serais la meilleure. Je ne sais pas si je trouverais du boulot. En reste-t-il seulement ? Je ne sais pas si je toucherais une retraite. Je ne sais pas. Mais toi à mon âge tu savais ce que tu faisais ? Tu savais que tu allais rencontrer la femme de ta vie ? Avoir des enfants ? Pas faire d’études ? Savais-tu que la France serait dans un tel état aujourd’hui ? Non ? Alors pourquoi tu me demandes à moi ce que dans 20 ans je serais? 

Dans un monde paradoxal, où ton choix serait contrôlé par une maîtrise de ton avenir, je m’imagine être quelqu’un d’important. À la tête d’une grande firme oeuvrant pour le bien commun, la protection de l’espèce humaine dans ce qu'elle a de plus beau. Je serai à la tête d’un ordre judiciaire suprême qui érigerait des lois communes aux hommes pour éviter les conflits abusifs culturels. Je serai bien dans mes baskets et pas un homme sur terre ne trouveras pas sa place. Chacun trouveras son but ultime. (Je suis sûre, lecteur, que tu esquisses un sourire là maintenant. C’est triste comme les idéaux peuvent nous faire tirer un doux sourire d’impuissance.) 

Hop hop on redescend. Cette réalité est pour un imaginaire destiné à être un rêve. Et comme le nom l’indique, seulement un rêve. 

Donc en résumé, « est-ce que je suis sûre » de ce que je fais, non absolument pas. Et je t’emmerde au pire. Je suis épuisée que les gens me demandent ce que je compte faire dans un, deux ou trois ans. Épuisée qu’à chaque fois que je dis quelque chose, il faut que je le concrétise dans la seconde pour qu’elle soit légitime. Épuisée de l’être humain qui n’est que paradoxe sur paradoxe. 

L’Homme court tout le temps. Primaire, collège, lycée, BAC, études plus vite plus vite, ne redouble pas, va plus vite, plus fort, travaille, ne t’arrête pas, ne tombe pas sinon on t’écrase. Boulot, boulot, métro, métro, dodo,dodo. Ne t’arrête surtout pas. Court, le temps est précieux, tu dois l’utiliser à bon escient. Sprint. 

Et tu cours après quoi au juste ? Je ne veux pas faire partie de ça. Pourquoi on m’y oblige ? J’aime les études, j’aime apprendre, pourquoi se dépêcher ? Pourquoi tout enchaîner ? Rien n’a de sens.. C’est épuisant. 

Je veux juste qu’on me foute la paix. Qu’on me laisse faire mes petits trucs à moi, prendre mon temps, partir où je veux, quand je veux. Je veux qu’on me laisse penser librement. Pas dans le sens où tout le monde l’entend. Mais penser librement au sens propre, sans avoir peur que l’autre juge ou que la société te trouve repoussant. Je ne veux vraiment pas faire partie de cette roue. Mais j’ai comme qui dirait pas trop le choix. 


Tout ce que je peux faire s’est ignorer ton « tu es sûre », retourner à mes pensées, vivre comme je l’entends et rire à chaque fois que quelqu’un me dira « ha bon tu fais comme ça toi ? » . Tout ce que je peux faire dans un monde sans foi et sans loi c’est de faire ce que j’aime. Et j’aime bien le droit. Même si dans ce pays de fous cela n’a plus aucun sens. Je trouverais bien quelque chose. Ou pas. Mais essayer, y a que ça de vrai. 






24 commentaires:

  1. Bonsoir :)
    J'ai beaucoup aimé lire ton article, tu as une plume très agréable. Je suis d'accord avec toi, comment pouvons nous être sûr que ce que nous décidons de faire est la bonne chose? J'ai arrêté mes études cette année, et beaucoup de gens me disent que c'est une perte de temps.. Et moi je réponds que non, que c'est mon choix d'avoir envie de faire une pause pour accomplir d'autres petites choses à côté. Bref, désolée pour le pavé shah, ça fait plaisir de lire des articles comme le tien!
    Bonne soirée :)

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    1. Merci du compliment :) J'espère que tu réussiras tout ce que tu décideras d'entreprendre cette année pour montrer à tous qu'on est maitre de notre destin, et qu'on s'en sort quand même en ne choisissant pas la même voie que tout le monde !
      A bientôt. :)

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  2. Je me suis beaucoup reconnue dans ce que tu écris. Pour ma part je suis en pleine reconversion et ce que je peux dire c'est qu'on n'est jamais sûr de rien. Tu as raison, vis comme tu l' entends. A bientôt:-).

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    1. J'espère que tu trouveras ce que tu veux faire, en attendant il faut juste positiver et prendre le temps de vivre :)
      Bonne soirée à toi et merci de ton commentaire !

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  3. Quand on me pose cette question, j'ai pris l'habitude de répondre "non, et alors? Je pourrais toujours changer plus tard, non?!".
    Il est temps que les mentalités changent !

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    1. Exactement ! Mais les mentalités mettent beaucoup de temps à changer malheureusement, mais il ne faut pas désespérer, beaucoup de jeunes renversent ces mentalités !
      Bonne soirée à toi :)

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  4. Je vais être chiante mais tu vas reprendre des études dans quel secteur ? Ton article me donne l'impression que tu as choisi une filière.
    J'avoue que la question du choix est stressante mais elle a tendance à me rassurer dans le sens où l'on est fixée (c'est complètement paradoxal ce que je viens de dire puisque je ne le suis pas).

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    1. Tu n'es pas chaine du tout haha :) C'est vrai que je n'ai pas précisé vu que j'ai écrit l'article un peu sur un coup de tête. Mais je vais reprendre dans le droit. Ma filière d'origine. Il m'a fallu du temps pour bien prendre en considération ce qu'il me fallait pour ne pas répéter les mêmes erreurs, mais j'écrirai un petit article pour vous tenir au courant courant Janvier :)
      Le choix est terrifiant mais quand on l'a pris, c'est vrai qu'il est rassurant. Très étrange en effet ! Peut-être seras-tu rassurée le jour où tu trouveras LA voie :)
      Bonne soirée en tout cas !

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  5. J'avais lu, puis je suis revenue poser la même question que Charlie !
    Tu retournes à la fac en janvier ou septembre ?
    On a de la chance de pouvoir payer des études abordables. Il faut la saisir, sans regrets si ça ne marche pas ! Tu seras sûre, pas de "et si" dans un coin de ta tête. Bisous !

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    1. Je reprend la fac en Septembre :) Et en attendant je repars en England !
      Exactement !! Je te remercie, bonne journée à toi (ou soirée ^^).

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  6. à 20 ans (c'était il y a plusieurs dizaine d'années) je ne savais pas et aujourd'hui je ne sais toujours pas .; Que la vie doit être triste quand on est sur de tout..
    Prendre un chemin, un autre, faire demi tour c'est tout simplement vivre.
    Très bel article

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    1. Merci beaucoup du compliment ! Il est vrai que l'on doit vite s'ennuyer si on sait tout par avance :(

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  7. Bien dit ! La vingtaine sert à expérimenter la vie justement pour savoir ce qu'on aimerais être "plus tard". Je suis moi même dans cette phase d'expérimentation et je suis comme toi : qu'on me fiche la paix ! Et puis, comme tu l'as si bien fait remarquer, il y a pire dans la vie.

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    1. Exactement ! Comme si "expérimenter" fait peur aux gens. Mais je ne suis pas contre que les gens, surtout les anciens, viennent me donner des conseils ou autres. Mais je ne supporte pas qu'une personne qui n'a "rien" vécu vienne me dire quoique se soit.

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  8. Superbe article, vraiment merci de nous faire partager ton ressenti avec tant de sincérité ! C'est vrai que ce n'est pas du tout mais alors pas du tout facile de savoir ce que l'on veut faire et de le différencier avec ce que l'on doit faire et la pression sociale n'aide absolument paaas !!!

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    1. Merci du compliment ! Ha...Cette fameuse pression sociale, elle tuerais le plus talentueux des êtres sur cette terre...

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  9. De toute façon, on est jamais sûr de rien dans la vie alors autant faire ce dont on a envie et quand on en a envie.
    Bon retour sur les bancs de l'école et Have fun in England! :)

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    1. C'est exactement ce que je m'efforce d'expliquer aux gens !
      Je te remercie mille fois :)

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  10. Je ne sais pas quoi dire à part que j'ai seulement 16 ans, que je ne sais pas quoi faire de ma vie, concrètement. J'aimerai faire des études de journalisme mais par où commencer?
    Quand on me demande ce que je voudrais faire plus tard, je répond toujours "j'aimerai..." et jamais "Je serai...", tout ça parce qu'on vit dans un monde incertain, où autant les profs que nos parents nous mettent un poids sur les épaules sans s'en rendre compte. On en arrive même à un point où on se rajoute des kilos nous même.
    Comme je le dis je ne suis qu'en première, même pas en terminal, mais j'ai déjà peur d'avancer..
    Ton article est magnifique et je me suis reconnue à travers lui !

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    1. Merci du compliment et ton commentaire est très beau. Ce n'est pas facile à 16 ans d'être sûre de ce qu'on veut faire plus tard, mais c'est normal. Beaucoup d'adultes réalisent qu'ils étaient fait pour tel ou tel métier à 40 ans ! Donc c'est injuste de nous demander ce que nous voulons faire alors qu'on est si jeune...
      Courage en tout cas !

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  11. Je crois que mon entourage se pose de sérieuses questions concernant mon avenir. Pourtant j'ai un parcours assez classique : école, collège, lycée, université... Et là, c'est le drame ! Les langues étrangères, puis maintenant le français langue étrangère pour enseigner. Je me suis tournée vers un master français, parce que je ne sais pas encore à quel public je veux enseigner, ni dans quel coin du monde, j'ai ratissé large (master en France, relativement général). J'ai 22 ans, je me sens à peine adulte (et ça me terrifie), une fois sur trois je mets du blanc, du noir et des couleurs dans une machine parce que j'ai la flemme, j'ai les mêmes draps que lorsque j'avais 10 ans, et je suis une Christmasfreak (chansons de Noël, chapeau de Noël, films/dessins animés de Noël). Et le pompon, je suis incapable de me projeter dans 10 ans. J'ai des idées, des projets, des rêves : comme tout le monde. Mais, comme tu l'as dit, dans un monde où tout et et tout le monde s'écroule (et où, paradoxalement, certains font une ascension fulgurante au boulot), je me privilégie MOI. Si c'est pour "faire comme il faut" et traîner les pieds pour aller au boulot tous les jours jusqu'à ma retraite (parce que oui, semblant de rien, c'est dans un coin de ma tête)... Alors maintenant, je fais ce que je veux (évidemment, je réfléchis hein, je ne fais pas tout sur un coup de tête), en me disant que je changerai de voie si je ne m'épanoui plus dans ce que je fais. Un des "perks" de ce monde en constante évolution. Nous aussi, on évolue.
    Parler comme ça m'aurait choqué il y a encore 4-5 ans, quand je me projetais de façon typiquement linéaire : bac-licence-master-CDI-etc. Aujourd'hui avec (le peu d') expérience, je me rends compte qu'on a parfois besoin d'un peu de temps pour savoir où on va. Et je crois même que ça prend tout une vie, de savoir...
    Sinon, comme tu dis, on emmerde les gens (je dirai plutôt on emmerde les cons qui se permettent de mettre des gens dans des boîtes pré-étiquées... et si ça rentre pas c'est que ça ne va pas !)
    Moi je te dirai simplement fonce! et je ne peux qu'espérer que ça te réussira :D

    (En passant, merci pour la blogroll !!!)(J'en aurais mis du temps à revenir par ici, désolé)

    Mélissa

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    1. Plus je lis les commentaires, plus j'ai l'impression que nous sommes des milliers dans des positions délicates où avenir professionnel et accomplissement personnel font deux plutôt que un.
      Nous sommes entourés de gens, de sociétés qui régissent la vie et la destinée des autres. Et essayer de changer de route, de chemin est très mal vu. Je pense que nous somme à l'aube d'une nouvelle génération qui n'hésiteras pas à jeter le modèle traditionnel. Nous devons vraiment faire ce qui nous plait avant-tout.
      Mais pour ce qui est de toi, peut-être devrait-tu partir quelque temps quelques part, ou si tu n'as pas les moyens, aller dans un coin de ta ville et prendre un temps pour réfléchir profondément à ce que tu veux. Des fois cela peut marcher :) Je pense que tu es quelqu'un qui veut réussir, donc tu réussiras, c'est certain.

      Je me devais de te mettre dans la blogroll, si je peux te faire découvrir à des gens, je n'hésite pas :)

      Bonne soirée Mélissa :)

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  12. Tu as raison de vouloir tenter, essayer... et surtout, ce que je lis à travers les lignes, tu as raison de vouloir vivre ta vie comme tu l'entends. Les gens trouveront toujours de quoi parler, critiquer, juger, mais cette vie c'est la tienne... Et ces gens ne valent pas la peine que l'on se tracasse pour ce qu'ils pensent (même si parfois c'est compliqué). J'ai un parcours un peu différent du tien, j'ai suivi le cursus classique jusqu'à plusieurs années post-bac... et c'est depuis que j'ai 26 ans que je suis plus mes envies, et qu'est-ce que c'est bon ! Ce sont des choix de vie, bien sûr, mais vivre en adéquation avec qui l'on est est la plus grande satisfaction que l'on puisse avoir.

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